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Frère Alexis (Didier Noël)


Les chemins de saint Benoît-Joseph Labre (Chronologie)


1770-1779


Année 1770

? Fin avril 1770 — Entrée de Benoît-Joseph à l’infirmerie du monastère.

Le Frère infirmier qui le soigne déclare qu’il pressent avoir soigné un saint.

Dimanche 13 mai 1770 — Entrée de Benoît-Joseph à l’hôpital extérieur du monastère.

Lundi 2 juillet 1770 — Sortie et départ de l'abbaye de Notre-Dame de Sept- Fons.

Le registre du noviciat indique: « renvoyé à cause de ses peines d'esprit qui donnaient à craindre pour sa tête. »
D’après les indications de l’Abbé Desnoyers (1862), et plus tard les explications de l’Abbé Bernard Hingrez (1983), nous savons que Benoît-Joseph ne s'arrêta point à Moulins, en sortant de Sept-Fons, comme quelques-uns l'ont cru ; ce n'était pas sa route, et le séjour assez long qu'il y fit se rapporte à une autre époque. Il se dirigea donc, comme il l'annonçait dans sa dernière lettre à ses parents, immédiatement vers le Piémont. Il dut passer par Gray et Besançon où on lui avait recommandé un prêtre de bon conseil, il arrive via Turin à Quiers, d'où sa deuxième lettre est datée.

Juillet 1770 — Passage à Gray.

Juillet 1770 — Passage à Besançon.

? 1770 — Passage à Paray-le-Monial où les Visitandines signalent sa présence en 1770.

Date qui correspond bien à la chronologie de son passage en Normandie, fin 1769. Le témoignage d’une de ses Visitandines a été conservé : elle déclare que le saint a résidé à l’hospice et pris le souper un soir au monastère après avoir le reçu le sacrement du pardon par le prêtre du lieu. De nos jours, une statue à son effigie commémore son passage au sanctuaire du Sacré-Cœur. Le soir de son arrivée au sanctuaire, recru de fatigue, il fut admis à l'hôpital et y passa vingt jours.

? 1770 — Passage à Tarare.

En arrivant à Tarare, il fut pris pour un espion lyonnais et chassé par les moines capucins.
(Tarare est une commune, située dans le département du Rhône et la région Rhône-Alpes.)

? 1770 — Passage à Dardilly : Benoît-Joseph passe une nuit chez les Vianney.

Pierre Vianney, aïeul du curé d’Ars, reçut Benoît-Joseph dans sa maison. Un soir, en 1770, s'y présenta un jeune homme en guenilles, dont l'air de recueillement et l'on ne sait quelle clarté, filtrant à travers la crasse qui lui enduisait la figure, frappèrent l'aïeul du curé d’Ars. Le mendiant sollicita l'hospitalité au nom de Jésus-Christ. Mais, comme on la lui accordait avec empressement, il insista pour coucher sur la paille à l'écurie et pour n'accepter qu'une portion infime des aliments qu'on lui offrait. Tandis qu'il mangeait, tous étaient émus par l'expression de ce visage où la misère s'auréolait d'une résignation grave. Quand il se fut éloigné, les paroles de bénédiction, qui tombèrent de ses lèvres, laissèrent dans le cœur de Pierre Vianney et surtout de son fils Mathieu une mystérieuse espérance de bonheur à venir ; ce Mathieu Vianney était le père du Curé d'Ars. Quant au loqueteux, c'était saint Benoît Labre.

? 1770 — Passage à Lyon : les s.s. Martyrs, Abbaye d’Ainay, Fourvière.

? 1770 — Passage à Contrevoz.

Contrevoz est une commune française située dans l'Ain et la région Rhône-Alpes.

? 1770 — Passage à Chambéry : séjour à l’hospice du faubourg Mâché.

Extrait du discours prononcé le jour de la bénédiction de sa statue, le 20 mai 1883, dans l'église de Mâché (Chambéry) par le chanoine Arminjon. Charles-Marie-Antoine Arminjon, né le 15 avril 1824 à Chambéry, mort le 17 juin 1885 à Lyon, fut un prédicateur et conférencier jésuite en rupture avec la Compagnie. Il fut chanoine des cathédrales de Chambéry et d'Aoste. Missionnaire apostolique, il est l'auteur de conférences qui inspirèrent Thérèse de Lisieux. Il était membre de l'Académie de Savoie en 1865.
Extrait du discours :
« C'était en 1770, un homme encore jeune, aux traits fins et délicats, à la tenue modeste, vêtu d'habits pauvres et grossiers, faisait son entrée dans le faubourg Mâché. Il venait de loin et il dut s'arrêter un temps assez long dans la vieille église de cette paroisse, édifice aux murailles épaisses, enceinte basse et étroite, adossée à un des angles du presbytère actuel, dont on aperçoit encore quelques pierres échappées au marteau démolisseur. Ce quartier aujourd'hui si paisible de Mâché, présentait alors une physionomie vivante et animée. La grande route au sud n'avait pas été construite ; le faubourg était séparé de la ville par des fossés et des remparts; on n'y pénétrait que par des ponts-levis, et seulement le jour, quand les herses étaient abaissées. Mâché était la grande artère de communication entre la ville et les communes avoisinantes, la voie que suivaient les voyageurs allant de France en Italie. C'est dans la rue principale de ce faubourg que passaient les malles-postes, les courriers des Princes, et ces pavés tranquilles, battus par les pieds des chevaux, ont retenti sous le pas de Napoléon et de ses vaillantes armées. Au bas de ce faubourg, en deçà des fortifications, il y avait un hospice fondé au XV ème siècle par un pieux marchand pelletier, nommé Jean du Rhône. Il était destiné à recevoir les pèlerins et les pauvres de passage. Il était situé à l'extrémité de la rue du Collège, qui du côté ouest, fait angle avec la rue Sainte-Barbe. C'est dans ce lieu que Benoît Labre séjourna quelque temps en 1770 et qu'il fut reçu de nouveau en 1777. Nous savons avec certitude par des traditions conservées au monastère de la Visitation de notre ville et recueillies avec soin, que Benoît se rendait chaque matin, dès l'aube du jour, à l'église voisine de la Visitation, aujourd'hui chapelle du lycée; qu'il assistait à toutes les messes qui s'y célébraient, et qu'il prolongeait ses prières et ses adorations une grande partie de la journée. Sa piété attira bientôt l'attention des sœurs tourières, qui ne se méprirent pas sur les apparences et discernèrent de suite, dans ce pauvre, un homme merveilleux, versé dans les voies de Dieu et parvenu à un degré de sainteté extraordinaire et consommée. Les religieuses du chœur de la Visitation le mandèrent au parloir, où elles avaient réuni leurs pensionnaires. Elles furent singulièrement édifiées de ses discours; elles gardèrent un vivant souvenir de son passage et transmirent religieusement à celles qui leur succédèrent les vives impressions qu'elles avaient ressenties au spectacle de ses exemples et sous le charme surhumain de ses entretiens. L'hospice des pèlerins où logeait Benoît Labre était une dépendance de l'église de Saint-Pierre de Mâché. En mémoire du glorieux passage de notre saint et des traces de sanctification qu'a laissées sa présence bénie, le pasteur de cette paroisse a conçu et préparé la cérémonie qui nous rassemble. Il a voulu que son église fût la première de la ville de Chambéry où se feraient entendre les louanges de Benoît Labre.
«Le vénéré pontife de ce diocèse, uni au saint par les liens de la patrie et de la parenté, s'est fait un honneur et une joie de s'associer à la grande fête de ce faubourg, et de bénir lui-même cette statue destinée à témoigner que Benoît Labre va devenir dès aujourd'hui le second patron de cette paroisse, et qu'entrelaçant ses mains à celles de Saint Pierre, il les étendra désormais pour couvrir tous les fidèles de cette église de sa puissante et glorieuse protection.»

Vendredi 31 août 1770 — Lettre datée de Quiers (Chiéri) en Piémont.

Une tradition rapporte q’un prêtre franc-comtois, dont il fit la connaissance à la salle des hôtes à sa sortie de l’abbaye, à qui il dût confier sa détresse, fut pour lui l’ange providentiel et lui donna les conseils lumineux qui allaient enfin l’éclairer sur sa vocation. C’est certainement à cette époque que Benoît se détermine définitivement pour la vie de pèlerin et se dirige vers Lorette, s'arrêtant aux sanctuaires qu'il rencontre à proximité de sa route, sans qu'il soit resté de traces visibles de cette course à travers la haute Italie.

Mardi 6 novembre 1770 — Benoît-Joseph arrive à Lorette pour la première fois.

Cette date place sans ambiguïté son premier pèlerinage à Lorette. Son extrait de baptême y fut visé ce jour-là et il y resta une semaine.
En entrant dans une ville après un trajet souvent de plusieurs lieues et quelquefois mourant de faim et de froid, il se rendait immédiatement à l'église ; il y restait en prière des cinq ou six heures, constamment à genoux, évitant de se servir d'aucun siège pour appui, et absorbé dans la divine contemplation. Il demeurait ainsi immobile et dans une sorte d'extase jusqu'à l'heure la plus avancée du soir, celle de la ronde des gardiens, où ceux-ci agitaient leur clochette de couvre-feu pour annoncer aux fidèles attardés la fermeture du lieu saint. Sa coutume alors n'était point d'aller frapper à la porte d'une maison charitable et hospitalière; Benoît fuyait l'entretien des hommes, il aimait à rester plongé dans le silence pour converser seul avec Dieu; s'il se mêlait le jour à la troupe des autres mendiants, c'était afin de détourner de lui l'attention des hommes et de rester plus complètement ignoré. Il couchait le plus souvent dans les haies, les enfoncements des murailles, sous le porche extérieur des églises, dans les étables et les maisons abandonnées, partout où le surprenait la nuit. Quand des fidèles charitables le contraignaient d'accepter un gîte dans leur maison, il y entrait le chapeau à la main et se tenait debout à une certaine distance par respect pour ses hôtes. Si ceux-ci l'invitaient à s'approcher ou à s'asseoir, il s'excusait, alléguant sa malpropreté et disant que les sièges seraient souillés par ses habits détériorés. Il fallait, pour lui être agréable, lui donner le coin le plus incommode de la maison.

Dimanche 18 novembre 1770 — Date d’arrivée à Assise pour Benoît-Joseph.

Mardi 20 novembre 1770 — Benoît-Joseph s’inscrit parmi les cordeliers de Saint-François.

Comme il honorait spécialement Saint François de Lorette, Benoît-Joseph vint à Assise, patrie du célèbre « povérello », fondateur de l'ordre franciscain. Après avoir satisfait à sa dévotion, par l'approche des sacrements, il se fit recevoir dans la confrérie, érigée dans ce lieu en l'honneur de ce saint patriarche ; il reçut suivant l'usage un petit cordon béni, qu'il porta constamment, et qu'on trouva après sa mort lorsqu'on le dépouilla de ses habits.

Dimanche 25 novembre 1770 — Deux signatures sont apposées pour le départ sur son acte baptistaire, qui lui servait alors de passeport.

Lundi 3 décembre 1770 — 1ère arrivée à Rome, où le même acte baptistaire fut reconnu et visé à l'hospice français de Saint-Louis.

Benoît-Joseph, n'ayant point rencontré, en Italie, un monastère tel qu'il le désirait, se détermina à aller jusqu'à Rome, capitale du monde chrétien et centre de la religion catholique.

Année 1771

1er séjour à Rome qui dure quelques mois jusqu'après les fêtes de Pâques. (Pâques, dimanche 31 Mars 1771)

? Mai 1771 — Départ pour le deuxième pèlerinage à Lorette, au commencement du mois.

Après un séjour de huit à neuf mois dans Rome, il entreprit un second voyage de Lorette, où il se trouva vers le milieu de septembre de l'année 1771.

? Juin 1771 — Arrivée à Fabriano, où il séjourne environ trois semaines.

À Fabriano, Il passa quinze jours dans ce lieu de dévotion, où il affermit de plus en plus la résolution de consacrer ses journées aux rigueurs ascétiques de la pauvreté et de la pénitence. Il désira, pour la troisième fois, faire une confession générale. M. Paggetti, curé de Fabriano, auquel il s'adressa, raconte ainsi cette particularité de sa vie:
« Le pieux Pèlerin, est venu me trouver après la sainte messe dans la sacristie, il me demanda avec insistance la grâce d'entendre sa confession générale, lorsque j'en aurais la possibilité. Je ne pus lui refuser cette demande, je reçus la confession qu'il me fit de toute sa vie, à commencer du jour où je l'entendis, et en remontant d'époque en époque, jusqu'à sa plus tendre jeunesse. J'y admirais la bonté de Dieu et les grâces dont il l'avait comblé, ainsi que sa fidélité constante à y répondre dans tous les âges de sa vie, malgré les embûches du démon et les tentations auxquelles il avait été exposé.
« Son humilité était telle qu'il regardait comme de simples effets de son imagination les grâces qu'il recevait du Ciel. Benoît-Joseph Labre me fit part du dessein dans lequel il voulait se rendre à Saint-Jacques de Compostelle, pour y visiter le corps de Saint Jacques, en qui il avait une confiance particulière. J'ai remarqué en lui une fervente dévotion d’humanité et une grande compassion pour les âmes du Purgatoire; il joignait à une grande humilité et un mépris singulier de son corps qu'il appelait son cadavre, une charité sans bornes pour le prochain qu’il aidait de tout son pouvoir, dans le spirituel, en adressant sans cesse à Dieu les plus ferventes prières pour le salut de tous les pécheurs; et, pauvre lui-même , il donnait, en aumône, aux pauvres tout ce qu'il avait, ne s'attribuant sur ce qu'on lui donnait, que la plus petite portion, laquelle suffisait à peine pour sa nourriture du jour, et ne réservant rien pour le lendemain ».
Telle est la conduite que le pieux Pèlerin tint à Fabriano, et à laquelle il avait été constamment attaché depuis que Dieu l'avait appelé à ce genre de vie. M. Paggetti ajoute à sa relation, que les habitants de Fabriano, frappés de son extérieur et de sa piété, commencèrent bientôt à le regarder comme un saint; et qu'aussitôt qu'il s'aperçut de la bonne opinion qu'on prenait de lui, il se déroba par humilité aux témoignages d'estime et de vénération qu'on lui portait.

Jeudi 13 juin 1771 — Célébration de la fête de saint Antoine de Padoue dans cette même ville.

Dimanche 23 et lundi 24 juin 1771 — Visites et conférences spirituelles avec certaines personnes de cette ville.

Jeudi 27 juin 1771 — Départ précipité de Fabriano.

A ce voyage appartiennent probablement quelques visites de sanctuaires dans l'Ombrie et dans les Marches, que nous sommes forcés de placer à part, n'ayant pas de données suffisantes sur leurs dates.

? Août 1771 — Arrivée à Lorette sur la fin d'août ou vers le commencement de septembre, pour le deuxième pèlerinage.

Lundi 16 septembre 1771 — Visa de l'acte baptistaire avant le départ pour le royaume de Naples.

? Octobre 1771 — Passage au mont Gargan dans la Capitanate et à Barletta, pour visiter la cathédrale de Nazareth.

A Barletta, et dans toute la contrée, de nombreuses personnes l’ont vu arriver harassé de fatigue, maigre et exténué, la tête couverte des débris d'un vieux chapeau, n'ayant autour du corps que des lambeaux de vêtements retenus par une corde, un crucifix sur la poitrine, le chapelet autour du cou et un autre à la main. Ses haillons contrastaient avec sa jeunesse, la délicatesse et la modestie de sa physionomie. Il traversait la ville sans arrêter son regard sur les monuments qui pouvaient la décorer. Il allait droit au sanctuaire qui l'attirait; il s'y prosternait et s'y abîmait en prières. Son adoration était si profonde qu'on pensait en le voyant à la ferveur d’un ange devant le trône du Seigneur. Il persévérait de longues heures, agenouillé, immobile, perdu dans la contemplation divine. On avait peine à l'en arracher lorsque l'heure était venue de fermer l'église.
(La Capitanate est une province d'Italie dans la région des Pouilles. Le mont Gargan, appelé aussi le mont Saint-Ange, occupe une grande partie de cette province.)

Jeudi 31 octobre 1771 — Arrivée et séjour à Bari, auprès du corps de saint Nicolas de Myre.

A Bari, où il se trouvait le 31 octobre, après avoir longtemps prié au tombeau de saint Nicolas, la pensée de soulagement que le Saint évêque de Myre accordait aux prisonniers le sollicita peut-être. Lorsqu’on ferma l’église, il se rendit devant les barreaux d’un cachot où des malheureux étaient enfermés. Là s’agenouillant, il pria quelques instants, le regard fixé sur son crucifix qu’il venait de déposer sur les bords de son chapeau, placé à terre devant lui; puis, élevant la voix, il entonna les litanies de la Vierge de Lorette. On s'amassa devant ce dévot pèlerin, et de toutes parts les aumônes affluèrent autour de lui. Il les recueillit en déposant un baiser sur chacune des offrandes, afin d’en remercier les généreux donateurs. Il les distribua ensuite aux prisonniers. Sa charité et sa piété, qui avaient attiré l'attention du peuple religieux au sein duquel il se trouvait, ne le mettaient pas à l'abri des insultes des méchants. On raconte qu'il y avait à Bari, au temps où Benoît-Joseph se trouvait dans cette ville, un jeune débauché qui voulut tourner en ridicule le serviteur de Dieu, et qui, après l'avoir bafoué sans avoir pu l'émouvoir, un jour qu'il sortait de l'église, le frappa d'un caillou à la jambe. Le coup fut assez violent pour faire jaillir le sang. Benoît-Joseph chancela et, sans regarder son agresseur, serra vivement son crucifix sur sa poitrine. Il se baissa ensuite, ramassa le caillou, l’embrassa, et, le déposant contre le mur le plus proche, continua doucement son chemin. Saint Paul nous enseigne que celui qui rend le bien pour le mal amasse des charbons ardents sur la tête de son ennemi. Celui qui avait frappé Benoît-Joseph fut bientôt en butte au mépris universel. Les enfants le poursuivaient de leurs huées, et un jour une pierre l'atteignit à la jambe. Il tomba et sa chute provoqua de nouvelles insultes. Le coup avait fait une plaie; elle s'envenima, la gangrène s'y mit : un jour, on trouva ce malheureux mort dans une étable.
(Bari est une ville italienne, chef-lieu de la province du même nom dans les Pouilles, sur la côte adriatique.)

? 1771 — Départ pour Naples et nombreuses excursions sur sa route.


Année 1772

Jeudi 13 février 1772 — Arrivée et séjour à Naples, visite de Saint-Janvier et d’autres églises.

Les légendes accrochées aux pas du Vagabond de Dieu sont nombreuses et cependant sans les rejeter entièrement, il est bon parfois d’en faire le récit. Après être passé à Saint Janvier, Benoît-Joseph retournait à Rome en passant par une bourgade, il était épuisé de fatigue. Un cabaretier lui présenta un peu de vin qu’il accepta comme un don de la charité. L'aubergiste, cependant, entendait être payé, et ne voyant point d'argent, commença bientôt à blasphémer. Le Serviteur de Dieu acceptait pour lui volontiers la détresse, les injures et les outrages, mais le blasphème le transperçait de douleur. Il ne pouvait l'entendre sans frémir. Il leva les yeux au ciel, et le vin reparut aussitôt dans le verre.
On pourrait multiplier ces sortes de récits: ils ont parfois des fondements solides, puisqu'ils reposent sur le témoignage de toute une population; ils présentent néanmoins un certain intérêt, et on comprend que la vie errante de Benoît-Joseph en ait fourni de nombreux.

Mardi 17 mars 1772 — Passeport délivré à Caserta pour le retour à Rome et lettre de recommandation du nonce pontifical de Naples.

Caserte (en italien, Caserta) est une ville de la province italienne de Caserte en Campanie.

? 1772 — Passage au mont Cassin, à Pofi et à Tagliacozzo.

Pofi est une commune italienne de la province de Frosinone dans la région du Latium en Italie. (Tagliacozzo est une commune italienne de la province de l'Aquila dans la région des Abruzzes).

? Avril 1772 — 2ème séjour à Rome, beaucoup plus court que le premier.

? Mai 1772 — Passage et séjour à Cossignano et à Fermo, dans la région des Marches.

En suivant les bords de l'Adriatique, Benoît-Joseph passa dans une petite ville nommée Cossignano où se trouvait une madone fort vénérée dans la contrée. Il y avait dans cette ville un jeune prêtre, Don Michel-Ange Santucci, qui, revenant de dire sa messe, trouva appuyé contre sa porte le Saint Pèlerin, comme il a été déjà dépeint, vêtu de haillons, la poitrine découverte, le chapelet suspendu au cou, récitant à demi voix des prières, où le prêtre, en prêtant l'oreille, reconnut le « De profundis » prononcé à la française. Le ton dévot, la grande jeunesse, l'air de modestie et ce quelque chose de poli, de doux, de noble et de souriant qui composaient la physionomie du jeune mendiant frappèrent Don Michel-Ange, et éveillèrent en lui une émotion extraordinaire, un respect et une vénération, dit-il, qui l'engagèrent à interroger ce pauvre sur son nom et sa famille. Benoît-Joseph répondit en français. Don Santucci s'appliquait à l'étude de cette langue, et la pensée lui vint aussitôt que ce pauvre lui procurait l’occasion d’en acquérir quelque pratique. Il sentit et il témoigna, dit-il, un très vif plaisir de cette rencontre, et engagea Benoît-Joseph à entrer dans la maison. Celui-ci résista d'abord aux instances de ce nouvel ami, et il apporta surtout une vive résistance, quand une fois entré au logis, le prêtre le pressa de s'asseoir. Benoît-Joseph alléguait hautement sa malpropreté et la crainte de souiller le siège qu'on lui présentait ; le prêtre passant par-dessus les répugnances légitimes, après avoir, moitié en italien, moitié en français, exprimé son étonnement de voir en pareil état un jeune homme bien né, et dont la physionomie annonçait une certaine éducation, l'interrogea sur son histoire que Benoît-Joseph raconta succinctement.
« Et pourquoi, lui dit Don Michel-Ange, apprenant sa sortie de Sept-Fons, pourquoi n'êtes-vous pas retourné auprès de votre famille? On peut servir Dieu partout. »
« J'ai, répondit Benoît-Joseph, consulté un confesseur qui m'a approuvé clans mon projet de mener une vie solitaire et errante. »
A mesure qu'il écoutait ses réponses toujours succinctes et modestes, l'abbé Santucci sentait accroître son intérêt pour ce jeune homme extraordinaire. Il offrit de loger Benoît-Joseph dans sa maison; il mettait toujours en avant le prétexte d'apprendre de lui la langue française; car il fallait des motifs pour essayer de retenir ce mendiant. Benoît-Joseph refusa nettement. Il ne voulait pas interrompre ses pèlerinages; il était pressé d'ailleurs, disait-il, de se rendre à Lorette pour se confesser au pénitencier français. Don Michel-Ange donna bien à entendre que s'il ne se fût agi que de l'intelligence de la langue française, il eût pu lui-même remplir ce ministère; mais il insista surtout et il sollicita pour que le Pèlerin consentît à rester au moins quelques jours à Cossignano et à venir, matin et soir, chaque jour l'exercer à la prononciation française. Il prendrait ses repas chez son élève et continuerait à loger à l'hospice des pauvres pèlerins. Il avait droit d'y rester trois jours. Santucci se faisait fort d'obtenir que ce temps fût prolongé. Benoît-Joseph consentit et commença ses leçons à l'instant même.
Le lendemain, il avait renoncé à tous ces projets et voulait partir immédiatement pour Lorette. Il finit par avouer la cause de cette résolution subite: il avait été navré d'entendre les imprécations de deux pèlerins logés avec lui à l'hospice. La crainte de les entendre encore le faisait fuir. Le prêtre était déjà trop attaché à ce singulier pèlerin pour consentir à se séparer de lui si promptement. Il fit offre de nouveau de son crédit auprès du vicaire chargé de la direction de l'hospice, et promit la jouissance de la chambre réservée aux prêtres. Il céda encore une fois à ces pressantes instances. Son respect pour le sacerdoce et son esprit d'obéissance l’engageait à s'accommoder au désir d'un prêtre. Don Santucci obtint, en effet, la faveur qu'il avait annoncée, et les leçons continuèrent régulièrement. Benoît-Joseph paraissait même y prendre plaisir. On lisait un sermonnaire, et l'abbé Santucci eut plus d'une occasion de juger de la vertu et des lumières de son pauvre maître de langue. Cependant l'élève, appréciant de jour en jour le mérite de son professeur, s'attachait à lui davantage. Dès l'abord, l'abbé Santucci avait voulu engager le Bienheureux à donner à son corps quelques soins de propreté et à s'habiller plus convenablement; il n'avait pas compris les objections opposées à ses instances et mêmes à ses reproches. Par docilité, Benoît-Joseph accepta des hardes et il revêtit même une chemise; mais aucune sollicitation ne put lui faire quitter ses haillons, et il distribua aux autres pauvres les vêtements qu'on lui avait donnés et qui lui paraissaient superflus pour lui. Le temps que Benoît-Joseph ne passait pas avec son élève, s'écoulait tout entier à l'église Sainte-Marie. Il y entrait dès le matin et n'en sortait que pour aller chez Don Michel-Ange; en quittant ce dernier, il retournait à l'église. On y avait remarqué son assiduité, son immobilité, ses yeux constamment fixés sur le tabernacle. Plusieurs fois, il servit la messe de l'abbé Santucci ; celui-ci rougissait en pensant qu'un pauvre séculier avait plus de ferveur à servir la messe que lui, prêtre, à la célébrer.
Après ce séjour de dix jours, le moment de partir était arrivé et le matin du départ, Don Michel-Ange célébra la messe que lui servit le Bienheureux. Après l'action de grâces, le pèlerin se mit en marche et le prêtre l'accompagna hors la ville, assez loin, sur la route de Ripatransone qui est celle de Lorette. Don Santucci tira quelques pièces qu'il voulut remettre à son maître de langue. Le Pèlerin les prit d'abord, mais voyant la somme, il fut épouvanté et la rendit bien vite à son élève. L'abbé Santucci ne reçut aucun signe de vie et comme l'affection humaine, la meilleure et la plus pure, est toujours exigeante, peut-être cet oubli du Pèlerin lui parut-il une ingratitude, et le souvenir lui en devint-il amer ? Ce ne fut qu'au bruit de la mort de Benoît-Joseph que l'abbé Santucci, qui depuis plusieurs années, demeurait à Rome où il ignorait la présence de son cher Pèlerin, eut l'explication de la conduite de Benoît-Joseph. Il sentit alors se réveiller toute l'affection qu'il avait portée à ses vertus, et employa son zèle à travailler à la gloire de son incomparable ami.
(Cossignano est une commune italienne, située dans la province d'Ascoli Piceno, dans la région des Marches, en Italie centrale. Fermo est une ville italienne, chef-lieu de la province de Fermo, dans cette même région.)

Mercredi 3 juin 1772 — 3ème pèlerinage à Lorette, où le certificat de baptême est visé le même jour.

? 1772 — 2ème visite de Notre-Dame-des-Anges ou de la Portioncule et de la basilique d'Assise.

Sainte-Marie-des-Anges de la Portioncule. On sait l'amour de Saint François pour la vierge Marie et la vénération toute spéciale qu'il portait à la petite église de la Portioncule, dédiée à Notre-Dame-des-Anges. Il l'avait restaurée de ses mains et y avait entendu l'appel du Christ à la vie évangélique; c'est là qu'il reçut Sainte Claire dans la fraternité; c'est là aussi qu'il voulut mourir. Il avait obtenu du Pape Honorius III le privilège d'une indulgence plénière pour qui viendrait y prier.

? 1772 — Visite des sanctuaires du mont Alverne en Toscane.

Il paraît que le Bienheureux s'arrêta fort longtemps dans les lieux sanctifiés par la demeure de Saint François d'Assise. C'est vraisemblablement aussi dans ce même intervalle qu'il visita le désert des Camaldules et le monastère des religieuses du même ordre, à Pratovecchio, commune de la province d'Arezzo en Toscane.

? 1772 — Départ pour la France afin de se rendre en Espagne.

? 1772 — Arrivée à Viviers.

Viviers est une commune française, située dans le département de l'Ardèche et la région Rhône-Alpes.
Son arrivée commence à Viviers, où nous trouvons Benoît-Joseph qui a franchi le Gard et se trouve de passage dans cette ville ardéchoise à la frontière du département de la Drôme et distante d’une vingtaine de lieues de Suze-la-Rousse. Il fut généreusement reçu au château, par l’aïeul de la famille Lafarge, dont l’activité familiale exploite une carrière de pierres utilisées dans la fabrication de la chaux dans la montagne Saint-Victor dominant le Rhône entre Le Teil et Viviers. Reçu un temps dans la propriété, il prit congé de ses hôtes en annonçant au maître de maison cette parole prophétique : « Cette montagne vous apportera grande richesse ». Quelques années plus tard, cette entreprise devint la célèbre cimenterie Lafarge. À Viviers se dresse encore de nos jours, le long du Rhône, l’ancienne cité ouvrière des usines Lafarge, la cité Blanche, témoin de la prospérité apportée à la région par les entreprises Lafarge.

? 1772 — Arrivée à Pierrelatte dans la Drôme provençale.

En préférant les routes de campagne, Benoît-Joseph après avoir quitté Le Teil, fait route vers Pierrelatte, ville où il résida quelque temps, hébergé au domaine de Beauplan où l'a reçu la famille d'Allard qui conserva dévotement tout ce qui lui avait servi.
(Pierrelatte est une commune française, située dans le département de la Drôme et la région Rhône-Alpes).

? 1772 — Arrivée à Suze-la-Rousse dans la Drôme provençale.

Après avoir franchi le Lez à l’entrée de la porte Nord de la cité, ayant parcouru vingt lieues sous un soleil ardent, Benoît-Joseph arrive à Suze-la-Rousse. Le curé et les villageois ont aperçu cet étranger au village et tous l’observent de loin, fascinés par les ruines de son étrange accoutrement, plongé dans un recueillement profond et angélique... Un prêtre, le Père Jean de Sérane se décide toutefois à aborder l’étrange Pèlerin : ce prêtre vit dans la « grand’rue », à la naissance de laquelle s’ouvre l’église. Ses traits de piété et de générosité sont très connus dans la région. Le Père Jean enseigne le catéchisme aux enfants du village et passe pour un saint homme aux yeux des villageois qui l’ont, avec beaucoup d’affection, surnommé « L’Ami des Pauvres ». Il enseigne dans la paroisse par ses talents de prédicateur et d’érudit, membre de la Compagnie de Jésus et vicaire de Suze-la-Rousse. Et c’est lui qui, à la fin de cette journée de 1772, accueillit le saint vagabond et passa avec lui toute la nuit en prière à ses côtés dans l’église. Le presbytère du bon Prêtre était très petit et il ne put donner l’hospitalité à Benoît-Joseph mais le confia à une pieuse famille qui sut l’accueillir comme il se devait la famille de Pierre Rouget, sur les indications du Père Jean, accepta d’offrir le gîte à ce vagabond pèlerin pour quelques jours.
Voir : http://www.amis-benoit-labre.net/pdf/didierchemins04.pdf

? 1772 — La tradition veut qu’en 1772 Benoît-Joseph soit passé en Belgique et ait accompli un pèlerinage à Notre-Dame de Gaverland. (1)

N'oublions pas le pèlerinage de Gaverland dans le diocèse de Gand en Belgique. Le célèbre pèlerinage de Notre-Dame de Gaverland avait attiré la piété de Benoît Labre. Il s'y rendit, et, d'après une tradition ancienne, y passa neuf jours, couchant dans la grange d'un pieux chrétien, nommé Joseph Van-Broeck, laissant sur son passage et dans l'esprit de ses hôtes, témoins de ses pénitences et de sa piété, l'impression de sainteté qui s'attachait partout à sa personne. Il prenait alors son unique repas et consentait à passer la nuit dans la maison. Il finit même par accepter une paire de chaussures que ses hôtes compatissants, touchés de sa misère, lui avaient achetée. Il leur parlait du bon Dieu et de ses Saints Anges d’une manière si touchante que la famille de Joseph Van-Broeck, et les personnes qui l’entendirent, n’oublièrent jamais ses pieuses paroles et, qu’au jour de son départ, ils appelèrent un peintre verrier pour dessiner son portrait. C’est devant ce portrait que la famille prit l’habitude de réciter désormais la prière du soir. Depuis lors, cette grange a été convertie en chapelle.» Aujourd'hui, à la place de la grange-chapelle, c'est une magnifique chapelle, près d'une ferme au 83, Brielstraat à Melsele (Beveren) B.9120, qui nous rappelle le passage de Benoît Labre en ce lieu. (Melsele est située près d'Anvers.)
(1) Note : Dans son ouvrage Saint Benoît Labre : 1748-1783, paru chez J. Gabalda et cie en 1908, Jean Mantenay écrit au chapitre XIII.
Voir : Melsele.
Nous savons peu de choses sur ce long voyage, mais un fait indubitable résultant de la procédure de Sept-Fons, c'est qu'il était à Moulins au commencement de l'année suivante, et qu'il en partit se dirigeant vers le Midi.

Année 1773

Mercredi 6 janvier 1773 — Séjour à Moulins depuis l'Epiphanie jusqu'après Pâques.

Pâques étant daté, à cette époque, au dimanche 11 avril 1773. Nous ne connaissons pas les raisons qui le déterminèrent à visiter cette ville et à y demeurer si longtemps.
Voir : http://www.amis-benoit-labre.net/didierchemins.pdf

? Avril 1773 — Départ pour Toulon-sur-Allier en Auvergne.

Benoît-Joseph quitta Moulins pour se loger à Toulon-sur-Allier, un bourg à peu de distance de la ville de Moulins, et qui dépendait du diocèse de Clermont. Son séjour n'y fut pas de longue durée mais le curé du lieu eut pour lui certains égards.

? 1773 — Arrivée de Benoît-Joseph à Saint-Lizier, passage à la chapelle du Marsan où il séjourne quelques jours.

C’est à l’automne de l’année 1773, par la route qui relie Saint-Girons à l’antique ville de Saint-Lizier, après avoir marché au terme d’un périple de plusieurs milliers de kilomètres à travers la France, que Benoît-Joseph Labre se dirige vers Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est ici à Saint-Lizier, depuis la colline du quartier du Marsan, qu’il se rend en un lieu très réputé au Moyen Âge, le pèlerinage « du Marsan » où se trouve une très belle statue de Notre-Dame, à genoux en bois polychrome du XVIème siècle. Chaque année, le lundi de Pentecôte, de nombreux pèlerins se réunissent, avec les délégations espagnoles qui participent avec ferveur à la procession de la vierge du Marsan. C’est de cet endroit que Benoît-Joseph passera en prière cette journée, qui est aussi celle de son anniversaire, le 16 mars 1773 : Benoît a alors 25 ans. C’est l’époque du plus long voyage du pèlerin d’Amettes-en-Artois.

? 1773 — Arrivée à Labroquère près de Seilhan.

À l'automne 1773, Benoît-Joseph arrive en vue de Saint-Bertrand-de-Comminges. Là, entre Seilhan et Labroquère, il est témoin d'une tentative d'assassinat. De nos jours, cet endroit, qui marque le lieu de la tentative de meurtre, est un espace qui lui est dédié.

? 1773 — Passage à Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne). Benoît-Joseph est alors âgé de 25 ans.

Notre homme est tellement pouilleux qu'on le prend pour le meurtrier et on l'enferme dans la prison de la ville de Saint-Bertrand, située alors à la Porte Majou. Après trois jours, la victime, heureusement, a repris ses esprits et disculpe Benoît-Joseph. Loin de maudire ceux qui lui avaient fait subir pareil sort, Benoît-Joseph resta une quinzaine de jours à soigner les malades dans l'hôpital de Saint-Bertrand : là, il édifia par sa piété et par les soins qu'il prodigua aux malades et aux moribonds.
Ayant sans doute entendu parler de la libération de Sanche Parra de la prison de Montjuic à Barcelone par Saint Bertrand, Benoît-Joseph décida de s'y rendre en passant par le Val d'Aran - une chapelle dédiée au saint évêque du Comminges commémorait ce fait miraculeux à Montjuic. L'intrépide vagabond de Dieu partit pour l'abbaye bénédictine de Montserrat où il demeura près d'un mois, visita la grotte, toute proche, de Manrèse en souvenir de saint Ignace de Loyola, puis se dirigea vers Saragosse pour vénérer Notre-Dame du Pilar. Enfin, il prit le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle... but de son pèlerinage! Cet étonnant itinéraire sera repris par plusieurs cartographes du XIXe siècle... brouillant sensiblement le tracé initial du chemin du Piémont. Une statue fut solennellement érigée dans la cathédrale de Saint-Bertrand, le 8 décembre 1882, pour le premier anniversaire de la canonisation de Saint Benoît-Joseph. Une plaque commémorative vient d'être apposée par l’association Saint Benoît Labre à la Porte Majou.
Voir : http://www.amis-benoit-labre.net/didierchemins01.pdf
Voir : http://www.amis-benoit-labre.net/didierchemins02.pdf

? 1773 — Passage à Barcelone. Pèlerinage à Notre-Dame de Montserrat et à la grotte de Manrèse, à Notre-Dame du Pilier dans la ville de Saragosse et au crucifix miraculeux de Burgos.

? 1773 — Pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice et, au retour, passage par Bilbao.

Dans son livre, édité en 1894, « Quatre ans en exil », l’Abbé Guillaume Bernard, expatrié en Espagne pendant la persécution religieuse en France à cette époque, décrit au chapitre 14 qu’il a visité la chambre de l'Hôpital Royal à Santiago, dans laquelle a logé Saint Benoît-Joseph Labre en 1773.

? 1773 — Retour en France; passage par Lunel, Montagnac et Montpellier, par Aix-en-Provence et Marseille, par Nice et par Lucques, etc.

A Lunel, il se présenta chez les religieuses de la Charité. Là, une des soeurs de Saint-Vincent-de-Paul, fit entrer Benoît-Joseph dans son école, où il se prosterna d’abord devant la statue de la Sainte Vierge ; puis la pieuse servante des pauvres lui offrit des aliments, comme si elle le faisait au Christ lui-même. L’observant, elle le vit regarder fixement la croix de son chapelet. Au lieu de manger ce qui lui était servi, elle lui demanda le sujet de sa préoccupation : « C’est, dit-il, cette couronne d’épines au centre de cette croix », « si elle vous fait plaisir, après le repas, je vous la donnerai », lui répondit la religieuse. « Oh, je serais heureux de l’avoir ! » répliqua-t-il. La religieuse lui donna de bon cœur le crucifix qu’il plaça avec délicatesse sur sa poitrine.
Impressionnée par l’angélique aura de sainteté qui émanait du pauvre vagabond, la religieuse, qui n’avait alors que vingt ans lors de sa rencontre avec Benoît-Joseph, resta toute sa vie, pour ainsi dire, en relations spirituelles avec le Serviteur de Dieu. Elle prétendait avoir été guérie d’une infirmité chronique par son intercession. Ensuite elle eut révélation de sa mort et l'annonça à ses compagnes en leur disant : « Le pauvre de Jésus-Christ est mort. » (Par une lettre datée et écrite en 1833) Ce fut une grande joie pour elle de savoir que le Serviteur de Dieu avait conservé le crucifix, orné au centre de la croix d'une couronne d'épines, qu'elle lui avait donnée. Un lazariste de Mont-Citorio à Rome, en effet, avait vu entre les mains du mendiant un crucifix de cette sorte et il disait le tenir d'une fille de la Charité qu'il n'oubliait pas dans ses prières. Ce sont ces prières sans doute qui établissaient les rapports sensibles auxquels croyait cette sainte fille de la Charité.
À Aix-en-Provence et dans les villes voisines, Benoît-Joseph fit de nombreuses haltes. Les habitants avaient adopté ce pauvre Pèlerin, qui passait de longues heures en prière dans les églises et institutions de la ville. Il ne mendiait pas et attendait la plupart du temps qu’on lui fit l’aumône d’un peu de nourriture, et lui de s’empresser de la partager généreusement avec d’autres pauvres. Cette année-là (1773) Benoît-Joseph, voulant sortir d’Aix et se diriger vers Meyreuil au vallon de Chicalon, prenant la rue du Mouton, rencontra de jeunes personnes sur le seuil d’une des maisons. Mlle Félicité Reymond, jeune et charmante modiste, qui se trouvait en compagnie de M. l'avocat Pastorel, son fiancé, et causait avec lui, quand, tout à coup, elle voit venir par la rue voisine le pèlerin Benoît-Joseph, revêtu de son misérable habit de mendiant et brillant, comme toujours, par le désordre de sa tenue. À son approche, Mlle Reymond, avec un pieux empressement, mit la main à la poche. Pendant qu'elle cherche une pièce de monnaie, le Serviteur de Dieu s'arrête et regardant Mlle Reymond : « Jeune fille », lui dit-il, « je prierai bien le Bon Dieu pour vous. Il a des vues sur vous. Vous irez à Rome. Je n'y serai plus. Vous reviendrez à Aix-en-Provence, votre pays et vous y fonderez une maison religieuse.» Cela dit, le saint ayant reçu l'aumône, reprit sa marche, laissant la jeune modiste profondément impressionnée de l'accent particulier avec lequel ces paroles avaient été prononcées. Quelques années après, Mlle Félicité Reymond prenait le voile. Lors de son émigration en période révolutionnaire et pendant la Terreur, elle alla à Rome et eut la consolation de s'agenouiller près du tombeau du Bienheureux, devenu illustre par des miracles nombreux et éclatants. Lorsqu'elle eut rétabli le couvent des Soeurs du Saint-Sacrement à Aix en 1804 (Le sanctuaire Notre-Dame de la Seds), Mlle Reymond, devenue Soeur Saint-Augustin Reymond, répétait souvent avec une grande affection de cœur : « C’est au bienheureux Labre que je dois ma précieuse vocation. »
Il reçut à Aix-en-Provence l'hospitalité bienveillante des illustres chevaliers de Malte. Chaque matin, il assistait à la messe dans l'église de Saint-Jean-de-Malte, montait ensuite dans les combles, où il s'était fait un petit pied-à-terre, et se rendait en ville, puis allait mendier son pain et exercer ses œuvres de miséricorde partout où il croyait entendre la voix de Dieu.
Voir : http://www.amis-benoit-labre.net/pdf/didierchemins04.pdf

? Décembre 1773 — Période présumée du passage de Benoît-Joseph Labre à Rians. Lors de son passage en Provence, Benoît-Joseph fut reçu très simplement mais avec bon cœur dans une petite maison de campagne, au Hameau des Bellons (Artigues, Var).

Très touché de la bonne hospitalité, il témoigna sa reconnaissance en disant à « Maistre Bellon » : « Au nom de Dieu, vous aurez vous et vos descendants le pouvoir de soulager les malheureux. »
En cette fin d’année 1773, à quelques kilomètres du village d’Artigues où une dizaine de familles vivaient encore de leur terre et de leurs troupeaux, un soir d’hiver, la neige tombait sur un chemin communal; les troupeaux étaient rentrés et un chemineau, misérablement vêtu, s’arrêta pour demander l’hospitalité; pour tout bagage il a une besace sur l’épaule et un bâton de coudrier pour guider sa marche. C’était, dit-on, Benoît-Joseph Labre, pèlerin mendiant, qui s’en revenait d’un pèlerinage à la Sainte-Baume. Il s’enfonçait lourdement dans la neige qui tombait à lourds flocons, harassé, s’appuyant sur son coudrier, le pèlerin avançait lentement, la neige fouettait son visage ; le froid glacial passait au travers de ses vêtements usés en lambeaux. En traversant le hameau des Bellons, il frappait aux portes des maisons, mais personne ne répondait.
… Allons, marche Benoît, marche ; mais tu entends bien l’aboiement d’un chien, puis encore ce bruit de clochettes, c’est celui des brebis qui bêlent … Benoît, est-ce que tu rêves ou est-ce que tu dors debout ? Marche, marche Benoît, songe que cette bastide est ta dernière retraite pour la nuit … Allez Benoît, il faut aller de l’avant ; il faut que tu frappes à cette porte … Il le faut … Mais Benoît épuisé tombe dans la neige. Au prix de quels efforts a-t-il pu siffler le chien, nul ne l’a jamais su, mais ce chien de berger a accouru, il a léché le nez du pèlerin comme pour lui dire « tu as besoin de moi, je suis là », puis il est reparti vers la bastide de son maître, il a gratté la porte et a fait son métier de chien … Et ce pèlerin mendiant, Benoît-Joseph Labre, fut transporté chez Estienne Bellon, réchauffé, nourri avec le peu que possédaient les Bellons …
Au petit jour, avant de reprendre sa route, car elle était encore longue, Benoît Labre concéda à Sébastien, son bienfaiteur, et à sa descendance le don de guérir, pendant sept générations, les fractures, entorses et maux de cet ordre. La tradition a voulu que ce don s’arrête à la 7ème génération.
C’est donc dans cette période (Décembre 1773 ou janvier, février 1774) que se situe son passage en Provence où il aurait logé une nuit au hameau des Bellons.
Voir : http://www.amis-benoit-labre.net/didierchemins03.pdf

? 1773 — Passage à Alexandrie de la Paille et Quargnento.

Peut-être est-ce à cette période qu'il passa par Alexandrie de la Paille, située dans la région du Piémont dans la plaine du Pô, et distant d’environ 75 kilomètres au sud-est de Turin. Il s'arrêta ensuite au bourg de Quargnento où il entra dans l’église paroissiale des Saints Pierre et Dalmace, dont était curé le chanoine Charles-Félix Guasta. Il s’était agenouillé devant l’autel du Saint sacrement, près de celui du crucifix. En Lisant son bréviaire, il attira l’attention du Prieur du chapitre, qui s’aperçut à son langage qu’il était français. Benoît-Joseph lui demanda de l’entendre en confession, il s’entretint avec lui plusieurs heures. Edifié de ses dispositions et de son langage, le Prieur le pressa de passer la nuit dans l'endroit mais il n'y consentit point et n'accepta de ce qui lui fut servi, qu'un peu de riz trempé dans l'eau. Pour le pain et le fromage qu'il emporta malgré lui, ce fut le lot des premiers pauvres qu'il rencontra à sa sortie du village. Quand il fut parti, le Prieur, qui l'avait accompagné jusqu'à la porte Morenso, disait : « Il va à Rome pour se faire saint mais il l'est déjà. En conversant avec lui, sa face me semblait celle de Jésus, tant elle était céleste et gracieuse! » Pour mieux conserver la mémoire de ce qu'il avait vu et entendu, il en fit une narration écrite, qu'il transmit en mourant à sa sœur, comme un héritage précieux. Il gardait un autre souvenir: c'était un livret que lui avait laissé le voyageur Benoît-Joseph Labre, et qui était intitulé : « Association pour bien mourir sous la protection des saints Anges gardiens, avec les choses qu'il faut observer pour en être »; et sur ce livret, il avait écrit: « Donné au prieur Gamboa, par un dévot pèlerin français, qui avait tout abandonné dans sa patrie, pour venir en Italie vivre en ermite, et se mettre sous la conduite de quelque père spirituel. Ce 3 août 1773 » (2), le Pèlerin portait dans un sachet une assez forte provision de ces livrets, destinés à être distribués gratuitement pour propager cette dévotion. Plus tard, le curé Guasta s'étant appliqué sur le cœur le livret qu'il possédait, attribuait à l'intercession de Benoît-Joseph sa guérison inattendue d'un anévrisme, ainsi que celle de la sœur du Prieur, dont les convulsions cessèrent par le même moyen.
Les traditions de ses pérégrinations sur toutes les régions longeant la Méditerranée, à cette époque, ne le furent qu'a son retour d'Espagne.
(2) Note : Le Père Desnoyers déclare que, sans cette date précise, nous aurions pensé que le prieur N. Gamboa, pouvait être le confesseur qui détermina la vocation de Benoît-Joseph à son passage dans le Piémont en 1770. Pour admettre cette hypothèse, il faudrait supposer que cette inscription n'avait été mise que postérieurement.

Année 1774

Jour de Pâques du Dimanche 3 avril 1774 — Troisième retour à Rome, où d'après le visa du baptistaire et les registres de l'établissement, Benoît logea les 7, 8 et 9 Avril 1774 à l'hospice de Saint-Louis.

A Rome, le curé Rovira-Bonnet et l'abbé Réder témoignèrent que Benoît-Joseph, visitant un jour la Scala Santa, vit une veuve grandement affligée, par suite des extrémités auxquelles elle se trouvait réduite. Lui ayant demandé la cause de son affliction, il la consola par de bonnes paroles, et lui suggéra de présenter une pétition adressée à l'aumônerie apostolique, dont il s'offrit à lui faire le modèle. Cette femme ayant accepté, ils entrèrent dans la petite église de Saint Grégoire et Sainte-Marie impératrice, et il écrivit la demande sur un prie-Dieu qui se trouvait à l'entrée. Elle en fit faire la copie qu'elle envoya à son adresse, et garda l'original comme une relique. Plus tard elle eut un grand chagrin de ce que ce manuscrit lui avait été enlevé par quelque personne dévote.

Mardi 26 avril 1774 — Benoît-Joseph commence à fréquenter assidûment l'église de Notre-Dame des Monts.

A Notre-Dame des Monts, Benoît-Joseph avait une dévotion bien vive envers la sainte Vierge. Dès sa première jeunesse, il regarda Marie comme sa mère, il en prit la livrée; puis il se fit connaître publiquement comme dévot serviteur de la Reine du ciel, en portant toujours le rosaire suspendu au cou. Chaque jour, il récitait le rosaire. L’office de la sainte Vierge et d'autres pieuses prières; il ne cessait par toutes sortes de moyens de lui témoigner son respect et sa vénération. On ne pouvait le voir prier devant quelque image de cette bonne Mère sans être autant touché qu'édifié de la ferveur de ses hommages affectueux et des transports de sa tendresse pour elle. Ces pieux mouvements de son âme étaient surtout remarqués pendant les prières qu'il faisait dans les églises dédiées à la Mère de Dieu; il les fréquentait souvent, surtout celles qui renfermaient quelques monuments particuliers qui les avaient rendues plus célèbres. A Rome, sa prédilection était pour les églises de Sainte-Marie-Majeure et de Notre-Dame-des-Monts. Il se trouvait habituellement de grand matin à la porte de cette dernière, et dès qu'elle était ouverte, il y entrait pour faire son oraison devant la célèbre image qu'on voit au-dessus du maître-autel. Les Pères assurent que, pendant huit ans, le Serviteur de Dieu n'a pas manqué de passer tous les jours, lorsqu'il était à Rome, plusieurs heures en prières dans leur église, à genoux, immobile et avec la ferveur des saints. Des témoins le virent, quatre ans de suite, se mettre du côté où l'on a placé son tombeau ; les quatre dernières années, il changea de place, et se tenait de l'autre côté, auprès du grand autel où se trouve l'image miraculeuse.

? 1774 — Visite de la grotte de Saint-Benoît à Sacro Speco, de Subiaco et du monastère de Saint-Luc à Guarcino.

A Guarcino, Benoît-Joseph visita aussi le sanctuaire de Saint-Agnello, situé au-dessus du monastère de Saint-Luc. Dans le bourg, il fut logé chez une bonne femme que sa laideur avait fait surnommer la Béfana, (sobriquet qui équivaut en français à la fée Urgèle). Cette fée chrétienne lui apprêta un pain et quelque pitance pour le restaurer. Mais le Pèlerin, tenant les bras croisés et les yeux baissés à son ordinaire, ne finissait pas sa prière. Son hôtesse, voyant qu'il tardait tant à manger, lui en demanda la raison. « C'est, lui dit-il, que les pauvres doivent se contenter des restes de pain et non entamer un pain entier. » Il fallut, pour le satisfaire, qu'elle lui donnât des morceaux rompus. Ce trait de sa personnalité produisait toujours une grande édification.
Benoît-Joseph visita Subiaco et l’abbaye de Sainte-Scholastique, la grotte sacrée où Saint Benoît de Nursie trouva sa première retraite d'ermite.
Il existe une tradition d'après laquelle il couchait dans certaines grottes situées au-dessous de la ville, en imitation de Celui qui a rendu le Sacro Speco ou « Sainte Grotte » si renommé. Il y aurait été, comme en tant d'autres lieux, maltraité et bafoué par les enfants. Une femme, nommée Marie-Olive Santancoli, qui travaillait à des plantations de tabac, reçut de lui un pain de maïs, apprit de lui qu'au besoin il se nourrissait d'escargots, quand il ne trouvait pas de débris de légumes, et l'entendit lui prédire qu'elle aurait dans sa vie de grandes tribulations pour cause de mort. En effet, cette femme vivait encore en 1839, elle avait perdu depuis longtemps son mari et tous ses enfants, et avait souffert de grandes misères avec beaucoup de résignation.

? 1774 — Septembre ou octobre : quatrième pèlerinage de Benoît-Joseph à Lorette.

? 1774 — Visite de diverses localités ou sanctuaires dans les Marches et autour de Lorette.

A Urbania, dans la région des Marches, en Italie centrale se trouvait un monastère de Bénédictines, dit de Sainte-Marie-Magdeleine. Un jour, vers midi, Benoît-Joseph s'y présenta pour recevoir l'aumône qui se distribuait au parloir. En arrivant à la porte, il était poursuivi par les huées d'une troupe d'enfants. La religieuse portière s'en aperçut et remarqua sa tranquillité; puis, quand elle lui eut donné un pain, elle le vit en partager la plus grande partie à deux pauvres femmes et ne s'en réserver qu'une petite portion. Ces actes de patience et de charité la frappèrent et ne sortirent jamais de sa mémoire.

? 1774 — 3ème voyage de Benoît-Joseph au sanctuaire d'Assise et 2ème voyage au mont Alverne.

En allant visiter le mont Alverne, il passa un jour près d'un moulin et demanda l'aumône, qui lui fut donnée par une femme. Comme il portait une besace qui paraissait bien ronde, elle voulut auparavant la tâter, soupçonnant qu'elle était pleine de pains; mais elle ne sentit que des pierres, qui lui firent juger que c'était une pénitence qu'il s'imposait. Ce trait nous rappelle un autre bruit semblable à une légende, qui courut dans ces cantons, que dans un village, où l'on bâtissait une église, Benoît-Joseph, pour contribuer à cette construction, avait été vu portant sur ses épaules une pierre d'un poids énorme, qui surpassait évidemment les forces humaines; ce qui fit crier au miracle et l'éloigna bien vite de ce lieu.

? 1774 — Passage à Faenza, Ravenne, Bologne, Vérone, Milan et Turin.

Au départ de Toscane et en route pour la Haute Italie, le premier endroit où nous trouvons un souvenir de lui, c'est Faenza, où repose le corps de saint Pierre Damien chez les Cisterciens. Dans la journée que Benoît y passa, il eut soin de s'acquitter d'une commission dont l'avait chargé à Rome un sieur Thomas Vittené avec lequel il s'était un peu lié à cause de sa grande vertu, et dont le fils Gaspar exerçait à Faenza la profession de marchand joaillier. Sachant apparemment les projets de Benoît-Joseph pour la Romagne et la Suisse, ce père l'avait prié, s'il passait par Faenza, de visiter son fils, auquel il voulait par ce moyen procurer quelque édification. Benoît se présenta en effet chez ce dernier, qui l'accueillit et le retint à dîner; mais il fut impossible de lui faire accepter autre chose qu'une soupe aux légumes, parce que c'était la vigile d'une fête. Il refusa l'offre d'y passer la nuit, en disant que Dieu y avait pourvu. Comme il annonça son dessein d'aller à Sainte-Catherine de Bologne, le joaillier, édifié de son abstinence et de sa pauvreté, voulut lui donner une assez forte aumône. Benoît, en acceptant, lui dit qu'il n'en perdrait pas la jouissance, voulant lui faire comprendre que cette pièce serait distribuée aux indigents à son intention. Au moment de se séparer, Vittené se recommandait à ses prières et Benoît-Joseph lui répondit : « Moi, je ne suis qu'un pécheur, mais les prières de votre père sont bien plus efficaces que les miennes. » Il parcourut encore quelques autres localités du diocèse de Faenza, où son insigne piété lui fit donner la qualification d’homme de Dieu.
(Faenza est une ville, située dans la province de Ravenne en Émilie-Romagne, dans le nord-est de l'Italie.)
A Ravenne, nous trouvons également le témoignage d'un chanoine de la métropole, Barthélemy Centofanti, que nous laisserons parler, parce qu'il raconte des faits personnels. « J'ai connu, dit-il, le bienheureux B.-J. Labre, lorsqu'il s'arrêta pendant sept ou huit jours à Saint-Blaise d'Argenta, du diocèse de Ravenne, et non loin de cette ville. J'avais alors environ onze ans. J'atteste l'avoir vu demeurer longuement en oraison, devant le saint Sacrement dans l'église de Saint-Blaise. Bien plus, comme j'allais tous les jours à l'école chez le curé de cette paroisse, je puis affirmer que le trouvant prosterné la face contre terre et les bras étendus sur le pavé, je me faisais quelquefois un jeu et un malin plaisir de marcher en passant sur ses pieds et ses mains, sans qu'il montrât le moindre ressentiment de ces actes insolents, et sans qu'il fît aucun mouvement pour changer de posture. De même hors de l'église, je me divertissais à lui faire des avanies; mais au lieu de s'en offenser, il me répondait par un sourire. Pendant son séjour, il ne logea chez personne, et se couchait, pour dormir la nuit, sous une haie le long du Reno, qui coule à peu de distance de la bourgade ; et de jour, je le voyais passer sur la chaussée qui borde cette rivière, toujours avec une contenance qui faisait l'admiration des gens sensés; aussi plusieurs conçurent pour lui une telle vénération, qu'ils le regardaient comme un saint. » Ce bon chanoine, qui signe sa déclaration faite récemment à un âge très avancé, témoigne ensuite son repentir des fautes que lui avait fait commettre la légèreté de l'âge.
Dans cette même ville, Benoît se présenta un jour de très tôt le matin, dans une église, au vicaire de la paroisse, pour demander à se confesser. Celui-ci, sans le connaître, le fit entrer au presbytère et l'entendit; après quoi il dit à son curé: « Ce matin, j'ai confessé une grande âme du bon Dieu. » Dès cette époque (d’après les témoignages), circulait parmi les populations de ces contrées, le renom de sainteté accroché au pèlerin Benoît-Joseph, et déjà il circulait son portrait qui avait été dessiné à la dérobée car le vicaire qui confessa Benoît-Joseph, en avait un exemplaire en main.

? 1774 — Passage à Brisighella à la collégiale Saint-Michel et de Jean le Baptiste et au sanctuaire marial de Monticino.

Brisighella est une commune de la province de Ravenne dans la région d’Émilie-Romagne en Italie. Elle culmine à 115 mètres d’altitude sur les pentes de l’Apennin tosco-romagnol et domine la vallée du Lamone, qui, de Ravenne (44 km) passe par Faenza (13 km) et mène à Marradi (36 km) en Toscane.
A Brisighella, le sanctuaire de Monticino fut dédié à Notre-Dame en 1758. Chaque année, une fête médiévale a lieu dans la ville entre fin juin et début juillet. Sur la place centrale, la Piazza Carducci, est fixée la collégiale, placée sous le vocable de Saint- Michel et de Jean le Baptiste, à l'intérieur duquel se trouve l'autel sur lequel est stockée une madone sur bois, datant du XVe siècle, et une adoration des Mages, placée dans la chapelle de Saint Antonio. Le souvenir du passage de Benoît-Joseph, est représenté sur un tableau à Brisighella illustrant sa visite au Sanctuaire en 1774 et adressant la prière du psaume 121à la vierge Marie, gardienne du lieu.
Nous ne pouvons mentionner tous les lieux où des traditions, des légendes, annoncent d'avoir eu la visite du saint Pèlerin, il faudrait nommer presque tous les sanctuaires d'Italie.

Du samedi 10 au lundi 20 décembre 1774 — A cette période, il y a trace d'une visite au corps de saint Claude, dans la ville de ce nom, et d'un certain séjour à Gray et à Besançon, pour vénérer le saint suaire, conservé alors dans la cathédrale. Passage à Maîche en Franche-Comté, où il lui est délivré un passeport pour Rome, et dans le voisinage de Baume-les-Dames.

? 1774 — Passage à Saint-Nicolas-de-Port.

En 1774, Benoît-Joseph Labre passa plusieurs jours dans cette ville et assista à la procession traditionnelle. Au cours de ce séjour, il intercéda auprès de saint Nicolas pour obtenir qu'une jeune fille, accusée injustement de vol, soit réhabilitée. Elle vint trouver Benoît-Joseph à l'église, d'où il ne sortait guère qu'à la nuit, et lui racontant fidèlement les choses, à prier Dieu pour elle, afin qu'il manifestât son innocence. Benoît le fit, et deux jours après, le coupable restitua, par son confesseur, les effets que cette pauvre fille était accusée d'avoir pris. On raconta dans toute la contrée que les prières du pèlerin furent entendues et la jeune fille innocentée et son honnêteté reconnue.
Il est indéniable que le passage de ce pèlerin avait marqué durablement les esprits, puisqu’un curé de la paroisse, qui est très probablement, Charles le Bègue de Girmont, (lui-même défenseur des pauvres), au moment où Benoît-Joseph Labre venait en 1860 d'être auréolé à Rome, avait l'ardent désir d'installer sa statue parmi celles des autres saints. Aujourd’hui, cette statue est toujours visible dans la cathédrale de Saint-Nicolas-de-Port.

? 1774 — Benoît visita plusieurs des nombreux sanctuaires de l'est de la France, la Lorraine et la Franche-Comté, soit avant, soit après ses pèlerinages en Suisse et en Allemagne.

Benoît-Joseph passa par Gray après son séjour à Saint-Nicolas-de-Port. S'étant reposé, à quelque distance de la ville, sur les bords de la Saône, il vit tomber dans cette rivière un jeune homme de quinze à seize ans. A l'instant, Benoît se jette à l'eau, quoiqu'il ne sût point nager, mais il réussit néanmoins à retirer de l’eau très froide le corps inconscient du malheureux enfant. Alors Benoît, tout fatigué qu'il était, courut à la ville et, comme si Dieu l'eût conduit par la main, il arriva que la première maison où il s'adressa pour demander du secours, était celle même du malheureux jeune homme. Son père accourut et le ramena évanoui, et ce ne fut qu'après beaucoup de soins que l'on parvint à le ranimer. Mais une fièvre affreuse succéda le lendemain, et trois jours après, l’on craignit pour sa vie. Cependant notre Benoît-Joseph ne le quittait pas; les discours rassurant qu'il tenait à ce pauvre jeune homme, le faisaient regarder par les parents comme un homme envoyé du Ciel; ils allèrent même jusqu'à espérer que, s'il voulait bien faire pour lui une neuvaine en l'honneur du saint suaire, leur fils recouvrerait la santé. Benoît-Joseph ne se refusa point à leur désir et partit aussitôt pour Besançon. Ces honnêtes gens reconnurent, dès le premier jour de la neuvaine, l'effet des prières du Serviteur de Dieu. Le neuvième jour, le père du malade vint lui dire à Besançon que son fils était parfaitement guéri et le pria de mettre le prix qu'il voudrait au service qu'il venait de lui rendre en sauvant deux fois son fils de la mort. Benoît-Joseph lui dit que c'était à Dieu seul qu'il devait la santé de son fils et n'accepta de lui que deux écus de six francs, qu'il distribua aux pauvres en sa présence.
(Baume-les-Dames est une commune française, située dans le département du Doubs et la région Franche-Comté, Gray est située dans le département de la Haute-Saône et la région Franche-Comté et Maîche est située dans le département du Doubs et la région Franche-Comté, à une dizaine de kilomètres de la frontière franco-suisse.)
A Maîche, il lui fut délivré un passeport pour Rome par le sieur Nicolas Bulliard.
Je soussigné, Jean Nicolas Bulliard, greffier des terres, justice et seigneuries de Maîche et la Franche-Montagne, au comté de Bourgogne, Baillage de Baume, certifie à tous qu’il appartiendra que le nommé Benoît-Joseph Labre, natif de la province d’Artois, muni de bons certificats, lequel âgé de vingt-six ans, de hauteur de cinq pieds et quelques pouces, les yeux un peu gris, les cheveux châtain, le visage un peu long ainsi que le nez et le teint un peu pâle, lequel souhaite aller à Rome pour y visiter les lieux saints ; ainsi l’on prie tous ceux qui sont à la peine de le laisser passer librement partout et réciproque sans aucun trouble ni empêchement, mais au contraire lui procurer toute assistance en cas de besoin, promettant en réciproque en auditoire Justice et Seigneurie avec ordre à loi partout où il passera de se conformer aux ordres et ordonnances requises dans les dits lieux où il doit passer.
Pourquoi je lui ai donné le présent certificat pour lui valoir et servir partant que de raison ce que dessus certifie véritable : Pour vérité de quoi j’ai apposé mon cachet ordinaire en cire d’Espagne rouge.
Fait au greffe de la dite Justice de Maîche, ce 20 Décembre Mil sept cent soixante et quatorze.
De nos jours une statue dans l’église Saint-Pierre à Maîche commémore le passage du pieux Pèlerin en cet endroit. D’après le témoignage de l’Abbé Mariotte cette statue rappelle son passage au lieu-dit Romboz, à la ferme de la famille Cartier en décembre 1774.
Voir : http://www.amis-benoit-labre.net/didierchemins05.pdf

? 1774 — Départ pour la Suisse et l'Allemagne. Passage à Wirlingen, dans le canton de Zurich.

En Suisse, on raconte que Benoît-Joseph, dans un de ses pèlerinages à Einsiedeln, arriva vers le soir dans le village de Wirlingen, au canton de Zurich, et qu'il alla demander le pain de l'aumône devant la demeure du curé. Le lendemain, on le trouva de bonne heure à l'église, priant avec une grande ferveur. Vers midi, la domestique du curé le vit encore dans la même position et en avertit son maître qui, frappé de la piété de ce pauvre, renvoya sa servante pour l'inviter à dîner avec lui. Benoît refusa par suite de sa discrétion et de sa modestie ordinaires; mais il pria cette fille de vouloir bien demander un vieux bréviaire pour lui au curé. Celui-ci, encore plus surpris de la demande que du refus, lui fit dire de venir tout de suite au presbytère. Benoît-Joseph obéit sur-le-champ à ce qui lui parut une injonction, et se soumit à dîner avec le prêtre qui lui adressa mille questions et qui ne pouvait s'étonner assez de découvrir un tel joyau sous une pareille enveloppe. Aussi, touché de tant de sagesse et de piété, il se priva bien volontiers d'un exemplaire de bréviaire en faveur d'un saint : c'était un moyen sûr d'avoir part à ses prières.

1775, année du Jubilé

Le Pape Clément XIV promulgua le Jubilé pour 1775, mais il ne put l'ouvrir car il mourut trois mois avant l'ouverture solennelle, qui fut faite par le nouveau Pontife Pie VI.

Quand notre Pèlerin pénétra dans le pays de Bade-Wurtemberg, il passa par un village dans lequel il fut assailli par les moqueries et les insultes d’enfants désœuvrés; et, là comme ailleurs, on remarqua son imperturbable sérénité. On peut voir dans ce tableau chronologique les dates et les preuves de ses allées et venues dans toute cette contrée, sur lesquelles nous ne pouvons malheureusement dire autre chose. Ainsi rien n'est plus certain que son passage à Constance (Konstanz en allemand), où il paraît qu'il s'arrêta quelque peu. Il visita Waldshut-Tiengen, Fribourg en Suisse, Häggenschwil, Wattwil, qui furent peut-être pour lui de simples lieux de passage, comme aussi Lucerne, Sargans et Coire, d'où il se dirigea par Milan sur Rome, qui marque son quatrième retour dans la capitale romaine, en septembre 1775.

Samedi 11 février 1775 — Le passeport de Maîche est visé pour Konstanz au nom du cardinal-évêque François de Rodi.

Konstanz (Constance en français) est une ville d'Allemagne, située dans le sud du Land de Bade-Wurtemberg.

Lundi 13 février 1775 — Arrivée et séjour à Konstanz et aux environs.

Lundi 13 mars 1775 — 1er pèlerinage à Einsiedeln, au sanctuaire de Notre-Dame-des-Ermites, dans le canton de Schwyz, et séjour d'environ trois semaines.

Einsiedeln, est une commune suisse du canton de Schwyz, située dans le district d'Einsiedeln. Il s'y trouve une Vierge noire dans une abbaye qui est un lieu de pèlerinage et une étape du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Lundi 3 avril 1775 — Course en Allemagne avec un passeport délivré ce jour à Einsiedeln, au nom du prince-abbé. Visite des sanctuaires du pays de Bade.

Vendredi 21 avril 1775 — 1er Passage à Waldshut-Tiengen, près de la Forêt-Noire, où il y a un calvaire et plusieurs sanctuaires, entre autres celui de Saint-Blaise. Nouveau passeport pour Rome au nom de Marie-Thérèse, impératrice régnante.

Waldshut-Tiengen est une ville allemande, située à la frontière suisse, dans le sud-ouest du Bade-Wurtemberg. Cette même ville garde bien vivant le souvenir du passage de Saint Benoît Labre en 1775 et en 1776. À son retour d’Einsiedeln, celui-ci se rendit à Waldshut en pèlerinage à la chapelle du Mont du calvaire. De nos jours, sur la façade d'un immeuble à vocation sociale, la "Haus Benedikt" (Maison de Benoît), nous retrouvons une magnifique peinture du saint Pèlerin, exécutée par C. Bersche (1931). Waldshut, est située à quelques kilomètres de la ville de Freiburg-im-Breisgau (Allemagne), En 1715, la famille Straubhaar, à qui importait le développement de la ville, fit ériger une église sur le Mont du Calvaire. Se trouvant à l’endroit même où avait été posée une croix à la fin de la guerre de Trente ans, elle est devenue un lieu de pèlerinage très apprécié. En 1775, le pèlerin Benoît-Joseph Labre visita ce lieu. C’est encore aujourd’hui un lieu de pèlerinage pour beaucoup de paroisses voisines.)
Voir Haus Benedict Waldshut.

Samedi 13 mai 1775 — Passage à Häggenschwil, d'après visa.

Häggenschwil, est une commune suisse du canton de Saint-Gall, située dans le district de Saint-Gall.

Lundi 22 mai 1775 — Passage à Wattwil, d'après visa.

Wattwil, est une commune suisse du canton de Saint-Gall, située dans le district de Toggenburg.

Jeudi 1er juin 1775 — Départ pour Rome, passage à Pfaffnau et visite de l'abbaye de Saint-Urbain, au nord de Lucerne.

Canton de Lucerne: Pfaffnau, monastère cistercien de St. Urban. Il fut établi au 12ème siècle. Des actes de la commune lucernoise de Pfaffnau montrent qu'un monastère existait bien à cet endroit en 1275. Une chapelle est aussi mentionnée à cet endroit en 1687. L'ensemble architectural de ce monastère date des années 1680 - 1760 environ. Il s'agit donc d'une église et d'un couvent de style baroque: en fait, l'ensemble du monastère a été bâti dans la première moitié du 18ème siècle par le maître architecte Franz Beer du Vorarlberg. C'est actuellement un exemple rare et considérable d'un monastère cistercien baroque en Suisse et dans le monde. Pfaffnau est une commune suisse du canton de Lucerne.

Mercredi 28 juin 1775 — Passage à Lucerne où est délivrée une lettre de recommandation du nonce apostolique.

Du 1er au 13 juillet 1775 — 2ème pèlerinage à Einsiedeln à Notre-Dame-des- Ermites, passeport visé. (Benoît-Joseph y séjourne 13 jours.)

A Einsiedeln, on se souvient seulement d'une manière vague de sa mortification surprenante, de ses nuits passées en plein air, de son refus des aumônes, de sa « solidarité » envers les autres, il se présentait à la porte du couvent pour y recevoir la soupe, et enfin de sa grande dévotion pour le fameux sanctuaire. Les registres et archives du monastère ont péri en 1797 lors de l'invasion des hordes révolutionnaires de la République française, conduites par le général Brune, voulant s’emparer du trésor de Berne, en envahissant les cantons de Fribourg, Zurich, Lucerne, Soleure qui furent dévalisés, pillés, sur ordre du ministre de France un certain Joseph Mengaud.
Les rapines révolutionnaires des hommes à la bannière tricolore firent perdre à l’histoire tous les documents ou presque susceptibles de faire la lumière dans cette période de l’histoire.

Dimanche 16 juillet 1775 — Passage par Sargans pour Coire, d'après visa.

Coire est une commune et une ville suisse, chef-lieu du canton des Grisons et du district de Plessur. Sargans est une commune suisse du canton de Saint-Gall, située dans le district de Sarganserland.

Lundi 24 juillet 1775 — Passage par Milan, d'après visa.

Milan est une ville d'Italie, située dans le nord de la péninsule. Capitale de la région et partie occidentale de la Lombardie, Milan est à 50 km au sud de la frontière suisse.
Puis intervalle, pendant lequel Benoît-Joseph visita sans doute les sanctuaires de Lombardie, sans qu'il en soit resté de trace réelle...

Jeudi 7 septembre 1775 — 4ème retour à Rome, d'après le visa du passeport de Maîche, reconnu à Saint-Louis.

Nota : Toutes les dates précédentes sont certaines. Mais à cause du manque de documents, c'est à peu près tout ce que nous savons de cette excursion de Benoît-Joseph à travers l’Allemagne et la Suisse.

Année 1776

? 1776 — Prolongation de séjour à Rome.

Benoît-Joseph devient un sujet d'observation à Notre-Dame des Monts, à Saint-Sylvestre-aux-Monts, à Saint-Pierre-ès-liens, à Saint-François de Paule et en d'autres églises.
L'assiduité habituelle à Notre-Dame des Monts donna lieu à Benoît de fréquenter souvent aussi les églises du voisinage à l’église Saint-Sylvestre et à celle de Saint Martin-ès-monts, desservie par les Pères carmes et attenant à leur beau couvent. Là, Benoît se retrouvait avec des pauvres et assistait fréquemment aux instructions qui s'y faisaient, particulièrement à l'explication de l'Ecriture sainte, les dimanches après- midi, laquelle était suivie du chant des litanies et de la bénédiction. Il visitait assidûment la basilique de Saint-Pierre-ès-liens, desservie par des religieux qui sont les anciens chanoines réguliers de Latran, ainsi que l’église des Minimes calabrais, dédiée à Saint-François de Paule, leur compatriote et leur fondateur. Au-devant règne une esplanade dont le pourtour est orné d'un chemin de croix en chapelles et d'un oratoire spécial où Benoît-Joseph assista plus d'une fois à la cérémonie. Ces lieux de culte furent les témoins des allées et venues de notre pèlerin, qui pendant des années, n'a cessé de hanter ce quartier et de le traverser en tout sens.

? 1776 — Il y a des indices d'une quatrième visite à Assise, en se rendant à Lorette.

Dimanche 4 février 1776 — 5ème pèlerinage à Lorette, d'après un certificat et le visa de l'acte baptistaire, en date du 12 février 1776.

À Lorette, M. Valeri, qui desservait la sacristie, rend témoignage, qu'à l'heure des repas, lorsque tout le monde sortait de l'église, Benoît-Joseph, oubliant les besoins de son corps, allait se placer dans un coin de l'église où il croyait n'être point aperçu. Là, on le voyait, avec un visage enflammé, se frapper la poitrine, et par d'autres actions extérieures, donner libre cours à ses pieux exercices.
Ce même ecclésiastique avait remarqué l'extrême attention du Serviteur de Dieu à cacher tout ce qui pouvait donner bonne opinion de lui. Pendant tout le temps de son séjour à Lorette, non seulement ce pieux Pèlerin ne demandait point l'aumône et il refusait même ce qui lui était offert, si, ce qu'on lui présentait, excédait ses besoins. Les ecclésiastiques du lieu lui cherchèrent dans la ville un logement où il put passer la nuit, afin de lui épargner la fatigue d'aller tous les soirs à une grange fort éloignée, où il prenait ordinairement son gîte, et de revenir ensuite tous les matins à l'église. Ils parvinrent à lui en trouver un chez le sieur Sori. Benoît-Joseph accepta avec reconnaissance ; mais comme on lui eut préparé une chambre avec un lit, il trouva ce logement trop somptueux pour un pauvre. On lui en offrit un autre, au-dessous de la rue ; il le trouva plus assorti à son état et il l'accepta.
Le sieur Sori lui offrit quelquefois des mets de sa table, mais il le remercia constamment. Un pauvre, disait-il, ne doit point se nourrir des viandes destinées aux riches mais il doit se contenter de leurs restes. Aussi toutes les fois qu'on lui présentait un pain entier, il n'y touchait point, ne se croyant digne de manger que des morceaux. C'était le même scrupule pour toute autre nourriture. Il ne mangeait jamais que des restes.

? 1776 — Nouveau départ pour l'Allemagne et la Suisse.

Dimanche 9 juillet 1776 — 3ème et dernier pèlerinage à Einsiedeln, d'après passeport donné pour Rome à la chancellerie du prince-abbé.

Notre-Dame-des-Ermites ne reverra jamais plus Benoît-Joseph après cette date.

? Juillet 1776 — Trace d’un séjour à Coblence à la même époque

? Juillet 1776 — Passage à Mariastein et à Metzerlen.

A Mariastein, il passe trois jours entiers dans la chapelle souterraine du célèbre monastère. Il venait d'Alsace, du pèlerinage de Notre-Dame-des-Trois-Épis. Une demi lieue environ avant d'arriver à Mariastein, il demanda l'aumône à la porte d'une maison du village de Metzerlen. Il s'adressait à de bons chrétiens qui, touchés de la misère et de l'honnêteté de ce mendiant, l'invitèrent à entrer chez eux, le firent souper à leur table et lui offrirent enfin à coucher Benoît-Joseph accepta. Les trois jours qu'il demeura en prière à Mariastein, il revint chaque soir passer la nuit à Metzerlen. Sa charitable hôtesse, Anna Maria Widolf, l'obligea charitablement à accepter une paire de souliers. Les habitants de Metzerlen et les pèlerins de Mariastein étaient grandement édifiés et proclamaient ce mendiant un saint. La peinture sur verre est une des industries de cette contrée. Avant le départ de l'admirable pèlerin, ses hôtes firent appeler un homme du village, expert à ce métier et il fit de Benoît-Joseph un portrait qui fut conservé avec le plus grand soin dans la famille. Vers 1860 (?), un des religieux de Mariastein, appelé à Metzerlen pour administrer une vieille femme, engageait la moribonde à se recommander au saint pauvre à qui l'Eglise venait de décerner les honneurs de la béatification. La vieille demanda aussitôt si ce nouveau Bienheureux n'était pas ce mendiant-là même dont elle avait le portrait, pendu à la muraille. Elle disait se rappeler fort bien avoir vu ce pauvre en 1776. Elle était toute petite, mais sa première impression ne s'était jamais effacée. Son père et sa mère avaient toujours pris soin de la maintenir. Ils réunissaient, en effet, leurs enfants autour du précieux et grossier portrait et les entretenaient des vertus du saint mendiant qu'ils avaient eu le bonheur de recueillir. De nos jours, ce petit tableau se trouve dans la bibliothèque du monastère de Mariastein.

Dimanche 20 août 1776 — 2ème et dernier Passage à Waldshut-Tiengen, d'après son visa. (Dernier pèlerinage de Benoît-Joseph au Mont du Calvaire.)

À l’automne, Benoît-Joseph est de retour à Rome.


Année 1777

(Les grands pèlerinages sont terminés.)

A partir de 1777, Benoît-Joseph est exténué et se fixe à Rome, dont il ne s’absente guère, désormais, que pour un pèlerinage annuel à Lorette.

Le manque de traces et de témoignages laisse ignorer l'emploi des mois précédents et l'époque précise du cinquième retour à Rome.

? — 5ème séjour à Rome.

A son retour à Rome, il fut reconnu par diverses personnes qui l'avaient remarqué précédemment. Nous n'en citerons qu'une seule. Au commencement de l'Avent et du mois de décembre, l'exposition des quarante heures avait lieu à Saint-Jean de Latran. Marie-Dominique Bravi, qui demeurait momentanément sur le chemin qui conduit de cette basilique à celle de Sainte-Marie-Majeure, voit passer celui qu'elle appelait son pauvre, et qui s'y rendait assez tard en toute hâte. Il lui vient en pensée qu'il y va pour y faire l'adoration pendant la nuit et elle l'arrête pour le lui demander. Il prononça quelque demi parole à son ordinaire et l'accompagna de son serrement d'épaules, qui fit présumer à cette pieuse dame, qu'il en aurait bien le désir, mais qu'on ne le lui permettrait peut-être pas. Alors elle sentit une impulsion intérieure d'aller elle-même à Saint-Jean et de parler à un gardien, de qui elle obtint, non sans peine, qu'on fît entrer son protégé dans une tribune. Benoît fit d'abord quelque difficulté d'accepter cette permission, parce que c'était l'ombre d'une distinction : cependant il s'y rendit, lorsqu'elle l'y eut invité pour l'amour de Dieu et par esprit d'obéissance.
Quelque temps après, suivant un rapport fait à cette dame, Benoît-Joseph, passant sur la place de Saint-Marc, reçut une pièce de monnaie. Quelqu'un fit l'observation que cette pièce ne servirait à rien d’autre qu'à faire boire un verre de vin de plus; mais le Serviteur de Dieu avait déjà donné la pièce à un autre pauvre. Celui qui avait fait l'aumône, irrité de la voir méprisée, vint frapper Benoît de son bâton. Marie-Dominique, pour s'assurer du fait, profita de la première rencontre avec son pauvre: Quelle belle chose, lui dit-elle, que d'être maltraité pour l'amour de Dieu! On reçoit l'aumône, et puis au lieu de se l'approprier, on s'attire la bastonnade! En disant cela, elle examinait attentivement la contenance de Benoît-Joseph, qui, sans mot dire, sourit d'une manière insolite, et leva les yeux au ciel en faisant un certain mouvement. Elle interpréta ces gestes comme un signe du plaisir qu'il avait pris dans cette humiliation, et de l'action de grâces qu'il en rendait à Dieu.

? Mars 1777 — Au milieu du carême, sixième pèlerinage à Lorette (Pâques, le 30 mars) et séjour jusqu'après les fêtes de Pentecôte.

? — Sixième retour à Rome et fixation de domicile habituel.


Année 1778

? Avril 1778 — 7ème pèlerinage à Lorette. (Pâques, le 19 avril)

A Lorette, un prêtre « vit que ce pauvre avait passé la nuit sur le pavé, à l'extérieur de l'église, devant l'une des portes latérales. Touché à la fois de compassion et de dévotion, il ne put s'empêcher de dire à l'inconnu : Pourquoi donc avez-vous dormi en cet endroit? Ne savez-vous pas que le froid et le courant d'air du clocher peuvent vous faire mourir? A quoi l'inconnu répondit avec modestie : Dieu le veut ainsi. » On eut ensuite de la peine à lui faire accepter un réduit dans quelque maison de la campagne, « Quant à sa nourriture, il faisait son repas ordinaire des herbages jetés des fenêtres, des feuilles de salade, de choux et autres semblables. Il donnait aux pauvres ce qu'il recevait en aumône.»

? Avril 1778 — Première rencontre avec Georges Zitli (3).

En 1778, époque à laquelle nous sommes arrivés dans l'histoire du Serviteur de Dieu, la piété avait fait entreprendre à ce fervent catholique le pèlerinage de Lorette, à pied, malgré son grand âge, et il en revenait au mois d'avril sur la route de Rome, lorsque dans un village il vit une hôtellerie et s'y présenta pour prendre son repas. Près d'y entrer, il aperçut, à côté de la porte et appuyé contre le mur, un pauvre mal vêtu, qui semblait par son extrême faiblesse ne pouvoir se tenir debout. Ses mains étaient croisées sur sa poitrine, sa tête baissée, ses yeux attachés à la terre. A cette vue, il se sent fortement ému de pitié, surtout à raison de la modestie surprenante qu'il remarque dans ce jeune indigent. Il s'approche et lui dit en italien : « Vous paraissez bien fatigué, auriez-vous besoin de manger? » Le pauvre, sans mot dire, fait un signe de tête affirmatif. Alors Zitli l'invite à entrer avec lui et à partager son modeste dîner ; l'invitation est acceptée avec un accent qui fit connaître au Persan habitué à voyager en France, que son invité était français, comme déjà la physionomie le lui avait fait soupçonner. Avant et pendant ce sobre repas, l'ex-trésorier interrogea le Serviteur de Dieu sur son nom, sa patrie, sa demeure, ses antécédents et le but de son voyage. Comme Saint Louis, qui signait Louis de Poissy, Benoît répondit : « Je m'appelle Joseph d'Amettes. — Je suis français. — Je demeure à Rome. — Je vis en pèlerin. — Je vais à Lorette. » Ces brèves réponses furent à peu près les seules paroles que la politesse obtint de Benoît en réponse aux questions du vieillard, qui fut beaucoup plus explicite pour apprendre à son convive qui et d’où il était et quel âge il avait. Benoît-Joseph, entendant qu'il était né en Perse, lui demanda vivement: « Vous n'êtes donc pas chrétien? — Assurément, je le suis, depuis plus de trente ans. Grâce à la miséricorde divine, j'ai reconnu les impostures de Mahomet, et j'ai embrassé la religion de Jésus-Christ. — Je vous en félicite, répliqua le Pèlerin; restez et vivez fidèlement dans le sein de l’Eglise, et n'ayez pas de doute. Pour moi, je remercie Dieu d'être né dans la vraie foi et d'avoir été élevé par des parents catholiques.» Et son langage s'était animé en prononçant ces paroles. Après la rencontre, chacun s'était remis en marche en sens opposé. Le jour suivant, Zitli s'arrêtait dans un hameau, sous un arbre, pour s'abriter du soleil et calmer sa lassitude. A ce moment, sort d'une maison une femme qui tenait un petit enfant dans ses bras, et l'instant d'après, sort d'une autre maison une autre femme qui demande à la première ce qui lui est arrivé. « Je m'étonne, lui disait-elle, que votre bambin ne crie pas à l'ordinaire. Comment va-t-il ? » La mère répond toute joyeuse : « Il va bien grâce à un pèlerin qui passa par ici, il y a deux jours. C'était un pauvre jeune homme, maigre, défait, ayant la barbe rousse, vêtu d'une sorte de manteau cendré tout déchiré, qui me pria pour l'amour de Dieu de vouloir bien lui donner l'hospitalité. Je le conduisis à l’étable où je lui fis un lit de paille. Il s'aperçut en y allant que mon enfant criait et pleurait beaucoup, et il me demanda ce qu'il avait. Je lui dis que depuis plusieurs jours il était très malade, sans que je pusse savoir ce qui le faisait souffrir, et qu'il n'avait de repos ni le jour, ni la nuit. Alors le bon étranger s'approcha et lui mit les mains sur la tête en me disant: Rassurez-vous, il ne pleurera plus. En effet, l'enfant se calma aussitôt et dormit paisiblement toute la nuit suivante. Depuis ce moment, il n'a plus souffert. Le lendemain, c'est-à-dire hier, de bonne heure, je courus à l'étable pour remercier ce pauvre et lui donner quelque aumône; mais je ne le trouvai plus; il était déjà parti. »
Aussi, trois mois après, le rencontrant sur la place de la Trinité du Mont, il l'accoste et s'informe de l'époque de son retour à Rome. « Il n'y a pas longtemps, dit Benoît-Joseph. — Où logez-vous? — Je n'ai pas de domicile. » Alors Zitli lui demanda s'il n'était point passé par tel hameau avant leur rencontre, ajoutant qu'une habitante de cet endroit aurait voulu le remercier d'avoir guéri son enfant. Le Serviteur de Dieu répondit seulement qu'il n'avait pas voulu s'y arrêter longtemps, afin d'arriver plus promptement à Lorette. Le Persan sut apprécier ce subterfuge d'humilité, et plein d'admiration, il cherchait à lui prendre les mains pour les baiser, comme instruments d'un miracle. Benoît s'en aperçoit, les retire à la hâte et s'esquive rapidement. Deux ou trois jours après, en souvenir de la charité dont il avait été l'objet, le Bienheureux vient trouver son bienfaiteur à l'entrée de l'église des capucins, qui lui avait été indiquée comme lieu de rencontre, profère quelques paroles de reconnaissance et se met en prière, sans répondre à l'invitation que lui fit le Converti de venir le visiter dans sa demeure. Il s'établit ainsi une sorte d'intimité entre ces deux serviteurs de Dieu, et ils se revirent ordinairement une ou même deux fois la semaine. Quelquefois Zitli lui offrait chaussure, chemise ou autre objet dont il le voyait dépourvu ; il lui renouvelait l'invitation de venir les recevoir chez lui : mais jamais il ne put l'y faire consentir, ni lui faire rien accepter. Le vieillard disait parfois à son ami : « Mais, mon cher Joseph, vous vous laissez manquer de tout; c'est pousser trop loin le dénuement : comment pouvez-vous vivre dans un état si sordide? — Oh! Ne craignez rien, lui répondait le saint jeune homme, je suis parfaitement content de ma situation. »
(3) Note : Voir année 1782 Georges Zitli.

? 1778 — 7ème retour à Rome, et reprise des mêmes habitudes.


Année 1779

Avril 1779 — 8ème pèlerinage à Lorette. (Pâques, le 4 avril 1779)

? 1779 — 3ème visite au sanctuaire de l'Alverne.

Le froid, la pluie, le chaud, la boue, rien ne pouvait suspendre ses marches accoutumées, et ne cherchant même pas à s’en préserver après son départ de Lorette, Benoît-Joseph passa de nouveau et pour la troisième fois au sanctuaire de l’Alverne.

? 1779 — 8ème retour à Rome.

? Juin 1779 — Entrée à l'hospice évangélique pour résidence de nuit.



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